Les réserves de pétrole et de gaz naturel de 5 grandes compagnies pétrolières.
Ou va le prix du baril de pétrole
? Le prix des hydrocarbures intéressent autant les investisseurs que
les consommateurs, quel sera le prix du litre d’essence pour remplir
le réservoir de la voiture, du fuel pour le chauffage de la maison
ou du kérosène pour les avions. Comme prévu, le prix
du baril de pétrole est passé à 40,
60 et
80 dollars le baril en 4 ans et aujourd’hui "l’or noir"
se repose un peu après cette longue hausse, mais pour combien de temps
? Il est toujours difficile de prévoir ce que vont faire les matières
première à court terme, et c’est encore plus vrai pour
le prix du baril de pétrole qui baisse et monte violemment avec les
crises, les guerres, les informations sur la production de l’OPEP. A
long terme, c’est beaucoup plus simple, les effets des crises conjoncturelles
s’estompent, il reste alors les raisons structurelles qui donnent la
tendance de fond, celle-ci est finalement beaucoup plus simple à identifier.
Si on réfléchit au pétrole à long terme, on passe
toujours par les travaux de King
Hubbert et le pic de production mondiale de pétrole. Le pic de
production de pétrole aura lieu, c’est une certitude, mais quand
? Aujourd’hui pour les pessimistes, en 2030 pour les plus optimistes,
il faut avoir un point de vue sur ce sujet pour imaginer ce que sera le prix
du pétrole dans quelques années.
En bon pessimiste, il me semble que le pic de production ne doit plus être
bien loin, et je ne cherche pas à calculer la quantité exacte
des réserves mondiales de pétrole, mais je cherche plutôt
des petits signaux qui pourraient m’informer de la situation de la production
mondiale de pétrole. C’est pour cela que je me suis intéressé
à ces cinq grandes compagnies de pétrole et à leurs réserves
de gaz naturel et de pétrole.

I. Les
réserves en Barils équivalent pétrole (BOE) de cinq grands
producteurs de pétrole.
1) Pourquoi étudier les réserves de 5 grandes compagnies de
pétrole ?
L’idée est simple, plutôt que d’aborder le sujet
du pic mondial de la production de pétrole en cherchant à estimer
les réserves et la production par pays, j’ai préfère
aborder cela par les grandes compagnies pétrolière et leur production.
Les réserves des grandes compagnies nationales ne sont pas disponibles
ou bien beaucoup trop floues pour être utilisées ici, j’ai
donc malheureusement été obligé d’écarter
d’importants producteurs de pétrole. j’ai retenu 5 compagnies
privées qui sont originaires de deux continents et produisent partout
dans le monde. Elles ont entre 6.7 et 22 milliards de Baril équivalent
pétrole de réserves. Le travail a été fait à
partir des bilans annuels de 2001 à 2005 de ces grandes compagnies
pétrolières. C’est facile d’avoir les informations
sur les activités en aval, c’est à dire sur les raffineries,
l’industrie chimique, les stations essence ou encore sur le bilan financier,
mais c’est plus compliqué d’avoir les chiffres des réserves
de pétrole et de gaz naturel, résultat de leurs campagnes d’exploration
géologique et géophysique, et aussi, bien souvent, du rachat
d’autres compagnies (= nouvelles réserves pour la compagnie,
mais pas pour le monde).
2) Les réserves en Baril équivalent pétrole (boe).
Voici le total des réserves des cinq compagnies pétrolières
en Baril équivalent pétrole :
Il y a une augmentation de 2001 à 2005 de 4.2% des réserves
de pétrole en Baril équivalent pétrole, soit une hausse
des réserves de +/- 1% par an.

II.
Les réserves de pétrole et de gaz naturel de cinq grands producteurs
de pétrole.
1. Les réserves de pétrole.
Cette croissance des réserves globales de pétrole et de gaz
naturel cache une stagnation des réserves de pétrole de 2001
à 2005, après un maximum en 2003 :

2) Les réserves de gaz
naturel.
A l’inverse, les réserves de gaz naturel de cinq grandes compagnies
pétrolières ont augmenté de 2001 à 2005. Ceci
est cohérent puisque les réserves de gaz naturel restantes sont
plus importantes que celle de pétrole, le pic de production du pétrole
aura lieu bien avant celui du gaz naturel.

3) Les limites de cette approche.
Ces chiffres concernent seulement cinq grandes compagnies pétrolière,
alors qu’il existe des centaines de petites compagnies qui explorent
et exploitent le pétrole un peu partout dans le monde.
Il faut pas regarder ces chiffres à loupe, il faut juste y chercher
une tendance générale, baisse, hausse, stagnation. Je dirais
simplement que pour ces cinq grandes compagnies, les réserves de pétrole
ont stagné et que les réserves de gaz naturel ont un peu augmenté.
J’ai le sentiment que c’est la même chose pour les réserves
et la production mondiale de pétrole et de gaz, stagnation pour le
pétrole et légère hausse pour le gaz, mais c’est
juste un sentiment personnel.
Ces sociétés pétrolières ont de multiples activités
qui découlent de leur production de pétrole et de gaz. Elles
ont des raffineries, une industrie chimique, gèrent des pipelines,
les réserves en aval sont utiles pour cette industrie en amont. Malgré
les énormes efforts d’exploration de ces compagnies pétrolières
à chercher de nouveaux gisements de pétrole et de gaz naturel
dans une période de forte hausse des prix du baril de pétrole,
leurs réserves n’ont finalement pas beaucoup augmenté.
Les réserves de ces compagnies sont souvent données de façon
sommaire en BOE (Baril équivalent pétrole), mais il faut dépasser
ces chiffres et regarder la part que représente le pétrole dans
ces réserves. La tendance semble être a une augmentation de la
part du gaz naturel dans ces réserves et une stagnation du pétrole,
cependant le gaz ne remplacera jamais complètement le pétrole
dans toutes ces utilisations, et le gaz naturel pose également des
problèmes de transpor. En effet, il faut construire terminaux pour
permettre son transport par voie maritime dans des méthaniers ou de
gazoduc pour le transport terrestre, tout cela complique énormément
sa livraison.
Malgré leurs énormes efforts d’exploration pour trouver
ce précieux combustible, les réserves de ces cinq compagnies
pétrolières ont peu augmentées, on ne risque pas la panne
sèche, mais on peut quand même se poser la question sur le début
d’une stagnation de la production mondiale de pétrole. Je ne
crois pas que ce soit l’exploitation de quelques coûteux sable
bitumineux ou gisement off shore en eau profonde qui changera cette situation.
Quand les bilans de l’année 2006 seront disponibles, je mettrai
à jour cette petite étude pour voir si la tendance se confirme.
Pour en revenir aux prix du baril de pétrole, je n’ai rien trouvé
dans les réserves de ces compagnies qui permette de dire que la
demande mondiale d’énergie sera comblée par une hausse
importante des réserves et de la production de pétrole. Dans
ces conditions, je ne vois aucunes raisons pour que le pétrole ne se
dirige pas vers les 100 dollars le baril pour faire face à la demande
croissante "d’or noir".
Dr Thomas Chaize
